14/04/2016

Nicolas Cluzel

NICOLAS CLUZEL

art, taloches & électrochocs

Peintre français (peinture & techniques mixtes) né à Angers en 1987, vit et travaille à Lyon. Issu de la bd, il débarque en peinture en 2006. Il est diplômé d'un master en Arts Plastiques de l'Université de Provence.

http://www.nicolascluzel.com/

L'oeuvre de ce type étrange voyage littéralement dans le monde et le temps de la culture : peinture, littérature, cinéma... C'est un impulsif qui a du recul, de la mémoire, des accroches dans le passé. Oui, le geste peut être tranchant, incisif, rappeler le dessin nerveux et chargé de la caricature. Il y a des citations partout. C'est un cosmonaute du passé, un conquistador du futur. Un aventurier qui se confronte à ses découvertes, à ses trésors. Il a un sens de l'oxymore, du blasphème admiratif. Il a aussi la nuque d'un bélier offensif et emboutit parfois avec une réjouissante agressivité. Parfois, il se contente de se foutre, d'y aller d'un pinceau d'honneur dans l'allègre et assassine représentation du cirque humain, le nôtre, nous, en somme. On m'objecte que ça rit, sur les toiles de Cluzel. Oui, mais très jaune, ou d'un rire de funérarium, avec des grimaces empruntées au fossoyeur, au légiste contraint de reconstituer un puzzle humain, après déflagration. Bon, ça rit mais la mort est imminente, la catastrophe est embusquée, la farce est dans un pas très frais dindon. Un dindon de batterie. L"oeuvre, comme un de ses glorieux inspirateurs, accuse. Elle flagelle à coups de furieux pinceaux la glorieuse immoralité du monde, des religieux, des médias, des mœurs, de la beaufrie (l'industrie du beauf), du tourisme culturel, des égorgeurs spirituels... tous les étages du sordide carnaval, de la pitrerie humaine. La chose picturale, à l'exact instar du propos, est sauvage et structurée, raffinée et éclatée, subtile et éclaboussée, vraisemblable et démesurée, réaliste et grotesque (ce n'est guère antonymique). Le peintre est un amoureux de l'art, mais cet amour est offusqué par les saccages, les singeries, le comique par vulgarité de la foule. A l'offense, Cluzel semble répondre par des contre-offensives, des farces terribles. Loi du talion, uppercut pour uppercut. Avec cet imparable supplément d'ironie. Arme suprême. Cluzel l'ironiste. Cluzel et ses attentats par déflagrations ironiques. Il me semble que le travail pictural de Cluzel me confirme dans une de mers intuitions : la déformation (caricature, torsion, grimace, convulsion) est un accès direct, pertinent à la représentation de l'humanité. L'ironie, dans son implacable cruauté froide, me semble une production saine de la pensée, une sorte d'hygiène douloureuse, une action prophylactique. Il y a nécessité impérieuse de malmener - pour son salut ! - le cirque de l'humanité, art compris. Il y a nécessité de la (nous) confronter à son (notre) grotesque. Il y a nécessité d'une férocité pour ce monde entré vivant dans sa décomposition. Le monde, sans doute, s'est toujours décomposé. Mais aujourd'hui, une sensible accélération de la décomposition se manifeste. Cluzel veille au grain, il fouette, il lacère. Il relit Zola. Il aime la peinture. Il fait son iconoclaste amoureux. Il ramène la toile à soi, à bord de ce chevalet dingue qu'il chevauche en furie, comme un Attila. Il démystifie et il adore, il vénère, vénerie, vanité. Il fait son bête et méchant - avec une acuité de tortionnaire. Il a l'esprit corrosif et satirique. C'est un monstre, un clown à couteaux tirés, dégainés, fumants. C'est un magistral fouteur de gueules. Un vilain bouffon, tout à fait républicain. Un cynique d'aujourd'hui, avec tout de même une opiniâtreté grecque. C'est un satanique chroniqueur des affaires du monde, un gros niqueur des affaires du monde. Une poche d'air frais et violent. Il fait du bien à l'être en lui mettant, comme à un toutou inscrupuleux, le nez dans son regrettable étron. Le nez à la fenêtre de son enfer. 

Oui, Cluzel me botte, terriblement, je le recommande, je le prescris, je l'annonce comme une bonne nouvelle. J'aime la pertinence avec laquelle ce type emboutit de plein fouet, au point névralgique, là où ça fait mal. J'aime cette manière de monter à l'assaut. Cette façon de fouetter le sang ranimerait un cadavre. Et c'est à peu près de ça qu'il s'agit. C'est là qu'on en est de notre agonie.

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Grosse ambiance

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Les Vieilles, d'après Goya

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Nana

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Bataclan

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Claude Lantier 

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D'après Delacroix

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Famille en rando, d'après Friedrich

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Inversion

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Je t'aime

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Une heure avant le massacre

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La fine équipe

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La leçon médiatique

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Le supermarché des ténèbres

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Les soixante-douze vierges

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Marianne

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Y'a plus internet

17:38 Publié dans Nicolas Cluzel | Lien permanent |  Facebook |