26/07/2014

Pascal Briba

PASCAL BRIBA

a bri 1.jpg   a bri 2.jpg   a bri 3.jpg

Ce que son site nous apprend sur l’artiste :  http://www.pascal-briba.com    

Sans formation traditionnelle, Pascal Briba se situe en dehors de toute école, voire de toutes tendances picturales. Sa technique est d’ailleurs très personnelle et inventive puisqu’il peint sur papier, peut utiliser le scotch pour jouer avec la transparence de la couleur, puis maroufler sur bois et terminer ses tableaux en collant du papier kraft sur les bords, offrant ainsi un encadrement à son sujet.
Alors qu’il effectue son service civil au musée d’art moderne du centre Georges Pompidou en 1987, Pascal Briba découvre un univers méconnu jusqu’alors : le dessin et la peinture. C’est le choc :
lui qui n’a jamais touché un pinceau ni intégré une école d’art, a t-il le droit d’essayer ?
Dans le même temps, il confie ses pinceaux à sa main gauche, responsable d’aucun échec.

Un sujet semble hanter la peinture de ce peintre : le visage…celui de ses amis, le sien, celui qu’il invente à la vierge Marie en Mater dolorosa et à tous les autres. Le visage remplit le support. Parfois, il semble même le déborder, sans souci des proportions et ses taches de couleurs possèdent à leur guise l’espace! Des visages encore et toujours, aux yeux agrandis, souvent bleus, soulignés de traits noirs, rehaussés de blanc: on pense alors au vitrail… ou à l’expressionnisme mais l’indiscipline du trait, le trop plein de peinture qui s’en échappe préviennent qu’il s’agit d’un nouveau genre !
Le visage surgit parfois d’un buste, d’un corps atrophié au mouvement raide et figé comme si soudain le peintre faisait une concession à la réalité.

Ses « piéta » méritent une attention particulière : Marie est représentée, assise retenant le corps mort de son fils ; elle nous fixe, avec des yeux remplis d’une souffrance qui ne s’élève pas vers Dieu, ou les paupières closes sur son chagrin de mère ; on pense au « Christ aux outrages » de G.Rouault en convenant pourtant qu’ici, le sujet n’est pas traité avec un esprit religieux.

L’utilisation de la couleur fait l’originalité de ce peintre; la couleur choisie est souvent déclinée dans toutes ses nuances dans le même tableau sans aucune approche de vérité figurative : des bleus, des verts avec des rehauts de noir ou de blanc qui s’échappent avec indiscipline comme si le peintre se vouait soudain à un barbouillage avec la gravité de l’enfance : on peut même dire que Pascal Briba nous impose l’art de la tache ! Dans un maniement qui doit plus à l’instinct qu’à un système.

L’abondance des « toiles « , la permanence des sujets, une technique si personnelle méritent qu’on s’interroge sur le sens de l’œuvre.

Même si c’est une banalité il faut bien dire que la peinture est le moyen d’expression d’une sensibilité à fleur de peau ou à fleur d’âme de cet artiste : il n’y a chez ce peintre aucune volonté de démonstration ni de philosophie… il n’obéit qu’à un intense besoin d’exprimer sa vie intérieure d’où ne sont pas absentes la tristesse et les tortures de l’angoisse…

Dans la densité quasi-anarchique de la couleur, cet artiste trouve l’inspiration qui lui permet de réussir un paradoxe: suggérer l’émotion, avec une grande discrétion tout en maniant la peinture avec une grande audace !

a bri 4.jpg

Ce qu’il nous inspire : 

Oui. Briba débarque en peinture avec la fraîcheur de l’ignorance. Inconscient pratiquement des choses de l’art. Electrochoc faramineux. La chose opère dans une collision frontale exemplaire.  L’œuvre témoigne sans cesse du choc fondateur de la conversion. Briba est sur son chemin de Damas. Il va son objection de conscience, il preste son service civil. Affecté à Beaubourg, le voilà tout d’un coup  saint Paul de Tarse jeté à bas de son cheval, terrassé, foudroyé par la peinture !  Miracle ! Violent miracle ! Violent et radical. Comme l’écrit Paul : «Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis ». (1 Co 15, 3-8).  (Oh, je n’ai plus de religion depuis belle lurette, mais je n’ai pas tout oublié. La légende continue à phosphorer). Eh bien, cette transfiguration, c’est celle de Briba !C’est écrit dans l’œuvre, cet effarement sublime ! Cette force d’ouragan. Ce renversement. Cette  entrée, à l’abri de toute religion, dans le sacré de l’art. Non pas le sacré rance et usé des chapelles d’artistes, des philistins et des bigots obséquieux de l’art, non pas dans le cercle vicieux et mortifère des experts, la clique consanguine et difforme des spécialistes. Ici, c’est toute une âme, toute une virilité, tout un tempérament sauvage et sensible qui entrent en peinture. Toute une force.  Ici, la révélation ouvre l’être, l’inonde, le féconde et le vendange. Donne un visage à sa vitalité. Dieu ou Diable merci, dans l’art, Briba n’aura pas le mauvais goût de se civiliser, de se syphiliser.  Il aura plutôt pris le parti, en traçant des sillons d’un soc qu’il tire à l’épaule nue, de se cultiver. Il va demeurer la brute sublime qu’il est, l’être intense, le noyau ardent. Le type radicalement ravi et bardé d’un potentiel inouï qu’il va prendre le temps de sonder comme on le fait d’un puits dont on ignore la profondeur. Et c’est profond. Oui, ça descend, ça descend encore, le fond n’est pas là, pas encore.

Après, révélé à sa passion, Briba forge son œuvre. Parisien pas parisien du tout (pas infecté par le grotesque et obsolète virus du parisianisme : Paris, vibrant anus du monde, frémissant rectum de la planète), l’artiste ferraille dans la couleur et les lignes, dans un mélange fameux de délicatesse et de d’assénement, avec des tracés en force, en surcharge mais impulsés avec une justesse de lanceur de couteaux. La grâce du sauvage est avec lui. Mais gardons-nous des stéréotypes. Le type sait des choses, il a un savoir des couleurs, un instinct et une intuition épatants, une force intelligente, une énergie savante. Une audace d’invention. On sent qu’il a regardé, humé, palpé, ruminé l’art. Il en a absorbé des secrets. C’est un goulu, un avide, quelqu’un qui aime. Qui aime et assimile. Révélé, il est devenu un formidable réceptacle. Il a vu Rouault, oui, Van Gogh, Modigliani, etc. Inutile de recenser. Il a son propre bagage, ses valises, ses désirs d’oser. Il sait puiser et rendre. Innover aussi.  Il fait sien, il fait unique, ce qu’il touche, ce dont il s’empare.  Il déborde de carburant vital. Il a son alchimie, avec quelque chose qui reste formidablement musculaire, une puissance de jet. Il est bien dans son feu dévorant. Il est à sa place.  Il avance. Il gravit. Ses stations sont chacune des lieux où il faut que l’on s’arrête et que l’on regarde, longuement. Que l’on accorde à chacun des prodiges le temps qu’il faut. Ce peintre-là n’est pas ordinaire, il est marqué, désigné. Il lui arrive quelque chose de grand qu’l rend par quelque chose de grand et de violent. Il est distinct, Briba. Parisien en force, pas parisien du tout, quoi ! Hercule gagné par les gestes de la danse. Les résultats sont confondants.  Traits énormes, vivants, dilatés, afflux chromatiques incendiaires, noir et sang, bleu, orange, flamme, bleu céleste, brun de terre, affrontements et copulations chromatiques, dégoulinements comme si l’œuvre, dans le feu de sa conception, suait d’ardeur. La peinture de Briba brûle. Ce n’est pas Paris qui brûle, c’est Briba dans Paris. Briba est en éruption. Aux vapeurs de ses œuvres, on s’enivre, on fume soi-même, on se consume à de tels incendies. On se jouit au spectacle du brio farouche de Briba. C’est un galop. Débridé, furieux, terrible et anarchique. Un galop pourtant, une allure où l’instinct, la grâce, la force, l’aérodynamisme, l’orientation et l’ivresse d’aller concertent. Ceci saigne, bouge, respire, vit, subjugue par sa saisissante acuité. Et aussi, quand je regarde, je vois certaines œuvres trembler, verdir et bleuir, mourir de froid au blizzard, à la perforante bise, dans des pôles terribles. Je vois l'être jeté dans toutes les températures culminantes de son existence. Je sors de là épuisé et ravi. Je prends, enthousiaste, exalté. Je vais prendre un peu de repos, rassuré à l'idée que j'y reviendrai. Ah bon sang ! me dis-je à moi-même (car je suis seul à cet instant précis), découvrir, palpiter au sein d'une découverte, ça aussi, c'est vivre intensément, c'est exister.

a bri 6.jpg   a bri 8.jpg   a bri 22.jpg

a bri c.jpg   a bri d.jpg

a bri 5.jpg

a bri 9.jpg

a bri 12.jpg

a bri 7.jpg   a bri 11.jpg   a bri 18.jpg

a bri 10.jpg

a bri 13.jpg

a bri 15.jpg

a bri 14.jpg

a bri 16.jpg

a bri 17.jpg

a bri 19.jpg

a bri 20.jpg   a bri 21.jpg   a bri 23.jpg

a bri 24.jpg

a bri a.jpg

a bri b.jpg

13:28 Publié dans Pascal Briba | Lien permanent |  Facebook |