29/05/2013

Philomena Famulok

PHILOMENA FAMULOK

cette tristesse majestueuse

Philomena Famulok, voilà un nom sonore, mystérieux, comme nanti d'un prestige et presque aussi beau que le travail photographique de l'artiste qu'il désigne. C'est une photographe allemande. Elle ne laisse traîner aucun signe biographique. Elle délégue à ses photographies, sans doute, la mission de la représenter, de la dire, de l'évoquer. Certaines photographies de Philomena Famulok me conduisent sur le seuil de l'univers poétique d'Edgar Alan Poe ou parmi les Contes cruels de Villiers de l'Isle Adam (une photo de Famulok ferait une superbe couverture à la nouvelle intitulée Vera) ou à la lisière du cinéma de Murnau, la poésie romantique ou Baudelaire aussi, parfois. Et parfois, quelque chose dans l'atmosphère de Famulok me semble s'approcher du monde de Lynch. Mais l'esprit Famulok n'est jamais réellement comparable. Son imagier flirte avec le fantastique, il a une dimension littéraire. Il fait danser, aussi, au son du même violoncelle Eros et Thanatos. Oui, ici, insérés dans des oxymores très serrés, on trouve la vie, la beauté, la mort, un soupçon d'horreur, le rejet, la volupté, l'inquiétude et la paix. J'ai l'impression que Famulok oeuvre en duo avec elle-même. Je ne sens pas la solitude dans ces images. Je sens la quête de quelque chose à travers soi, quête de l'ubiquité, être à la fois pleinement photographe et modèle, faire de soi-même sa propre oeuvre, se réquérir soi-même pour mener une recherche esthétique, conduire la chose dans une sorte de huis clos ouvert sur le monde par la fenêtre de l'oeuvre obtenue. Il n'y a au demeurant pas ou peu de regard vers l'objectif. Et si regard il y a, chez cette magnifique créature, il semble bien que ce ne soit pas un regard pacifique ou bienveillant mais plutôt l'oeil du défi ou de l'affrontement. L'oeil qui est dardé vers nous est un astre hostile et superbe. Cette beauté sidérante ne nous fait-elle pas penser, par instants, à une menaçante veuve noire, une hypnotique et périlleuse goule, une terrible Médée ? Ou à un joyau parfaitement indifférent au regard exalté porté sur ses facettes ? La paix, la détente ne semblent possibles que lorsque les paupières sont closes, lorsque le regard se porte ailleurs ou lorsqu'il se dérobe. Prodigieusement belle, la femme photographiée est un être de la nuit, de l'opacité, du deuil peut-être, un être qui ne participe pas à l'irrépressible joie générale du monde. Je pense, - en contemplant ces photographies lentes, amples, intenses et obscures -, à ce que Jean Racine écrit en préface de Bérénice à propos de son désir de susciter chez le spectateur "cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie". Cette tristesse majestueuse rencontre aussi, très subtilement, - car elle est tout à fait de son temps -, quelques-uns des critères esthétques du mouvement gothique. On y trouve, mais à l'abri de toute provocation ou de tout mauvais goût, ce rappel du cinéma expressionniste, quelques ingrédients du fantastique, une certaine théâtralisation, un maquillage intense et sombre en contraste avec la pâleur de la peau. Mais ici, une grande subtilité lie les effets, les rend cohérents, ici, l'amour de l'art et de la beauté sont avant tout lisibles, ici, on ne sacrifie pas à un genre. Nous sommes dans un art exigeant et donc complexe. Et le personnage qui nous apparaît, qui revient de photographie en photographie, n'est pas définitivement arrêté, il n'est pas fixé. Il est à la fois cette étrange créature au regard somptueux et comminatoire, cet être recroquevillé et douloureux qui se soustrait au regard, cette femme qui se scrute comme un observe les indices d'un mystère, comme on s'affronte à sa propre obscurité existentielle, cette magnificence qui se dérobe au regard, qui se masque de ses propres mains ou s'enturbanne le visage dans un châle ou, dans la grâce d'une composition subtile et raffinée, cette bouche infiniment rouge comme une cerise de nuit. Ainsi, on ne traverse pas rapidement l'oeuvre de la fabuleuse, de la fameuse Famulok, il faut que longtemps on s'y attarde et, en fin de compte, il semble surtout qu'on soit traversé par elle. Je disais qu'elle me fait penser à Baudelaire. Et c'est précisément le Baudelaire de l'Héautontimorouménos qu'elle évoque à mes yeux, celui de la double postulation :

Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau.  

Entre ces deux états de l'être, le personnage qu'elle montre vit dans une série de variations subtiles. Et nous la suivons avec cette attention tendue, cette crispation admirative que l'on consacre à la fildefériste qui évolue très haut sur un fil qui danse périlleusement. Et d'évoquer la danse me conduit à Nietzsche à qui Famulok me fait également penser. Il faut, écrit-il, avoir un chaos en soi-même pour accoucher d'une étoile qui danse. Et puisque l'oeuvre de Famulok déclenche en moi des réminiscences poétiques, je dirai que ce dont elle accouche, c'est du "soleil noir de la Mélancolie" que chante tristement Nerval dans El Desdichado. Et voilà encore un des visages de la belle Famulok : elle est la ténébreuse, - la veuve, - l'inconsolée. Elle est celle dont la richesse de l'oeuvre conçue en un huis clos semble bien finalement ouvrir mille portes. Je suggère à l'attention du visiteur quelques liens qui lui offriront l'opportunité d'approfondir sa connaissance de l'oeuvre. 

http://21652.portfolio.artlimited.net/

http://chat-noir-photography.blogspot.be/

http://www.worbz.com/philomena-famulok/

http://1x.com/member/chatnoir

http://www.tumblr.com/tagged/philomena%20famulok

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