16/07/2014

Robert Varlez

Une nouvelle sélection d’œuvres de Robert Varlez

Varlez est un anar, un opposant, quelqu'un qui dit non, c'est un poète, un coup d’œil, un ancien enfant de chœur qui a rompu avec ses supplices. Sa haine est tenace, autant que sa loyauté. C'est un type que la tournure des choses souvent écœure. Depuis le début des années 80, il m'a toujours paru indigné, révolté. Par l'injustice, l'incuriosité, le sport-système, la pompe à phynance et la machine à décerveler, l'offensante bêtise médiatique, la violence, l'opportunisme, la tartuferie, la censure bien-pensante, la passion des subsides et des subventions, la gloriole, les lauriers, les médailles, l'habit, le protocole. Chez ce type qui n'aime presque rien, il y a toujours eu un réel intérêt pour l'autre, pour celui qui s'engage dans la création, celui qui cherche à se manifester par des moyens personnels et singuliers. C'est un enragé de la création. Un artiste enragé. C'est avant tout un dessinateur, un peintre, un poète. Il a un sens de l'association, de l'association formelle ou sémantique, un sens du choc et un sens de la haute couture. Dans son imagier, la poésie est reçue avec tous les égards. Elle lui va comme un gant, et parfois un gant de boxe. Son talent ne tient pas en une suite de recettes. Il travaille dans un très large spectre qui va de la spontanéité, de l'immédiateté à la conception lente, de l'électrochoc choc à la construction architecturale, de la collision frontale à l'allusion, du direct au délicat. Sa liberté de conception, son ingéniosité, son esprit rebelle, sa tendresse, sa formidable curiosité intellectuelle et l'interminable liste de ses ulcérations font de lui un artiste intègre, doué et parfaitement débarrassé de tous les soucis de la représentation.

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18/05/2014

Robert Varlez et Sandro Baguet à la Braise

ROBERT VARLEZ ET SANDRO BAGUET S'EXPOSENT Á LA BRAISE - CHARLEROI - à partir du 7 juin 2013 - ça va chauffer

Il y a trop longtemps que je n'ai plus accueilli d'oeuvres de mon ami proche Sandro Baguet. Je profite de l'exposition qui se prépare pour reproduire ici quelques oeuvres de cet artiste offensif et profond, de ce rebelle inflexible et débordant d'humanité. Entre nous, bientôt 30 années d'amitié, de fraternité et de complicité. Sandro (dessinateur, peintre, collagiste, illustrateur) exposera en compagnie de l'immense Robert varlez (peintre, dessinateur, éminent revuiste, éditeur, illustrateur, poète, maître collagiste) à la Braise, à Charleroi (rue Zénobe Gramme, 21) à partir du vendredi 7 juin 2013, vernissage à 18.00. Varlez est un des grands acteurs de la vie poétique belge, c'est encore un créateur percutant et infatigable, un concepteur étonnant aux trouvailles confondantes et admirables, un héritier des surréalistes et un homme libre, vivant à l'écart de la place publique et des mesquines et consternantes tractations culturelles. Il y a du Diogène en lui. J'aurai le plaisir de présenter les deux artistes qui sont en outre deux amis personnels. Un rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte.

ROBERT VARLEZ

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Varlez était un grand ami d'Izoard à qui il rend ici, à gauche, hommage

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Au centre, publicité pour le 25 Mensuel, une des grandes revues de la poésie belge

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SANDRO BAGUET 

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Baron (Varlez-Colaux)

B A R O N

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Collages : Robert Varlez

Textes : Denys-Louis Colaux

à Alain

Le Bain

Dans la baignoire, paresseusement assoupi et la tête appuyée sur le rebord, marinant dans une eau chaude et allongée d’une crème de bain à l’aloe vera, Baron songe confusément aux exploits d’un vaisseau pirate, au tragique naufrage d’un navire immense, aux ploiements élégants d’une vahiné parfumée. Mais sa baignoire l’arrache brutalement à cet abandon onirique. L’objet, comme cela se produit parfois, prend la parole et s’adresse à lui.

- Tu n’as donc pas, mammifère, renoncé à l’idée d’un destin.

- C’est-à-dire… que rétorque Baron dans l’instant et avec la ferme intention d’évoquer la poésie, l’art, la pensée, l’hygiène.

- Allons, Baron, coupe la baignoire, tu es une grosse chose chanceuse barbotant dans l’eau chaude, quelque part dans une salle de bain posée sur le sol d’une planète très instable.

- Je suis de cet avis, surenchérit le robinet.

Baron, s’étant vigoureusement savonné, quitte ces eaux hostiles et tire la bonde.

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La Prière du soir

Après avoir tiré la chasse d’eau, Baron se lave les mains, entre dans sa chambre enténébrée, s’agenouille et prie consciencieusement. Il prie pour que les foudres épargnent ceux qu’ils aiment, pour que rien ne menace son patrimoine, pour qu’un vent d’humanité souffle sur le monde. Le totem devant lequel il exprime ses vœux et ses espérances se rebiffe.

- Ah, c’est opportun, je te jure, bipède, de t’en remettre à un morceau de bois.

- Pardon, j’implore un symbole, réplique Baron, en gardant néanmoins la nuque ployée.

- En vérité, je te le dis, tranche le bout de bois, tu as raison de garder la tête penchée !

- Bon sang, est-ce qu’il y a moyen de dormir, ici ? grogne une voix issue du lit.

Est-ce, se demande Baron, le lit ou ma femme qui proteste en cet instant précis ?

A peine allongé sous les draps, le menaçant zonzonnement d’un moustique le divertit de ses préoccupations et l’obnubile.

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La conversation téléphonique

La sonnerie de l’appareil retentit. Baron est seul en son château. Il décroche, curieux, un peu inquiet. Tout ce qui le distrait de son rythme de vie l’inquiète un peu. Il se racle la gorge pour s’éclaircir la voix.

- Oui ? lance-t-il.

- Baron ? questionne une voix que Baron n’identifie pas.

- Baron ! confirme Baron.

- Très bien, poursuit la voix.

- C’est à quel sujet ? risque Baron.

- Des sujets, entre nous, pauvres objets mutilés de la terre !

Et, submergée par un bruit de friture, la conversation se perd comme la pièce qui tombe d’une poche et roule hors de portée de vue.

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L’assiettée de carottes à la crème

Dépité, Baron, en déplaçant sa fourchette, promène une carotte dans la crème qui noie le fond de son assiette. Quelque chose le turlupine. Tous ces gens qui militent pour un peu plus de considération à l’égard des animaux, comestibles ou pas, se sont-ils déjà inquiétés de la souffrance d’une carotte arrachée à son lopin, sauvagement épluchée, sectionnée et jetée dans l’eau de cuisson ?

Parce que l’homme meurt, au large, là-bas tout au bout et au fond de chacun d’entre nous, comme une flamme dans son tuyau de cire, des imbéciles, conscients de leur statut de mammifère, font mine de s’incliner sur le sort des animaux, le leur, le nôtre. Et ces bonnes âmes se ruent sur les carottes comme des Romains lubriques sur d’affriolantes Sabines. Et pendant ce temps-là, inscrupuleux, libres, les animaux, pense Baron, se dévorent allègrement entre eux.

Il lui semble enfin qu’il comprendrait mieux les guerres, les attentats, les assassinats si les belligérants, les terroristes, les meurtriers mangeaient leurs victimes.

Dans son carnet de poche, qu’il vient d’entrouvrir, Baron écrit : « L’anthropophagie n’est pas immorale ». Puis il ajoute : « Hélas, les objets ne se font pas saliver entre eux ». Et : « La morale est le seul mouchoir dans lequel on ne se mouche jamais ».

Puis déçu mais bientôt résigné, il mâchouille quelques rondelles de carottes à la crème.

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