02/08/2013

Rodolphe Bresdin

Rodolphe Bresdin

Maître de l'eau-forte

1822-1885

Bresdin par Redon.jpgBresdin est le fils d'un ouvrier tanneur. Il quitte très tôt le domicilie familial pour s'adonner à ses passions : le dessin et l'eau-forte. Il n'a pas de maître, se forme soi-même en regardant les estampes dans les vitrines ou les gravures dans les illustrations dans les romans d'aventures qu'il aime passionnément. Sa première oeuvre connue, - le buste d'un homme barbu -, date de 1838. C'est dans l'oeuvre du romancier américain James Fenimore Cooper (1789-1851) qu'il trouve le surnom qui le suivra et dont ses amis de Bohème se serviront pour le désigner. Chingachgook est un personnage fictif, récurrent dans l'oeuvre du romancier, il s'agit d'un chef mohican. Bresdin aurait toujours eu le goût des héros perdants : "Bresdin manifeste très tôt sa sympathie pour les héroïques perdants de l'histoire auxquels il s'untéressera toute sa vie (Abd el-Kader, Schamyl, Vercingétorix)"

(In http://expositions.bnf.fr/bresdin/robin/). 

Chingachgook deviendra, déformé par la prononication parisienne, Chien-Caillou, qui sera aussi un personnage du romancier Champfleury. (Ci-contre, Bresdin par Odilon Redon)

"Champfleury met en scène un pauvre graveur, surnommé Chien-Caillou par ses camarades, vivant avec la seule compagnie d’un lapin dans un galetas sordide du quartier Latin, qui lui sert à la fois de logement et d’atelier, et qui a pour seul ornement une eau-forte authentique de Rembrandt, la Descente de croix. Il y grave d’obscures estampes, qu’un vieux juif brocanteur lui achète à vil prix et revend pour des pièces hollandaises du XVIIe siècle à des amateurs. Même le conservateur du cabinet des Estampes d’alors, l’illustre Duchesne, y est trompé. Chien-Caillou s’éprend de sa voisine, la belle Amourette, mais l’aventure se termine mal. De désespoir, Chien-Caillou tue son lapin fidèle, devient aveugle et finit à l’hôpital." (http://expositions.bnf.fr/bresdin/robin/)

Il s'agit ici d'une fiction mais dont les bases sont prélevées dans la vie de Bresdin qui vécut dans la misère, posséda un lapin et rencontra de sérieux problèmes oculaires. Parue en 1845 et plusieurs fois rééditée, "la nouvelle réalistico-misérabiliste", selon la formule de Maxime Préaud, valut à Bresdin la déplorable célébrité qu'on devine, celle d'un curieux et anecdotique artiste gueux. Cette navrante image occultera auprès du grand public l'envergure et le talent de Rodolphe Bresdin.

Bresdin, que sa popularité ne préoccupe à peu près pas, s'exile. Et peut-être même le foin causé par la nouvelle de Champfleury est-elle à l'origine du départ de l'artiste. Il descend en Corrèze où il adopte la vie d'un ermite au fond d'une misérable cabane. "Il y reste deux ans, dessinant et gravant de petits paysages, dont Le Vallon, qui illustre un poème de Lamartine, et des Tentations de saint Antoine." (Maxime, Préaud, Bresdin (Rodolphe), Encyclopédie Thématique Universalis, volume 2).

Le Vallon 

Mon coeur, lassé de tout, même de l'espérance,
N'ira plus de ses voeux importuner le sort ;
Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance,
Un asile d'un jour pour attendre la mort.

Voici l'étroit sentier de l'obscure vallée :
Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais,
Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée,
Me couvrent tout entier de silence et de paix.

Ci-dessus, les deux premières strophes du poème de Lamartine et l'oeuvre de Bresdin intitulée Le Vallon. 

Bresdin, le vallon.jpg

A la suite de son exil corrézien, Bresdin gagne Toulouse où il fait la connaissance de Justin Capin, qui va lui venir en aide financièrement, et de Jean-Jacques Garipuy, conservateur du musée des Augustins et professeur aux Beaux-Arts. C'est la période la plus faste de Bresdin, elle s'étale entre 1852 et 1861. C'est durant cette période que Bresdin expérimente la lithographie. En 1854, sa première oeuvre qui connaîtra un certain succès voit le jour : il s'agit de Comédie de la mort. Un peu plus tard, il signe son oeuvre majeure (celle, du moins, qui sera la plus connue) : Le Bon Samaritain (que l'artiste avait d'abord présentée sous le titre Abd-el-Kader secourant un chrétien). 

"Rodolphe Bresdin, tout comme Charles Meryon ou James Ensor, fut l'auteur d'un fabuleux répertoire fantastique. Ses paysages tourmentés et hallucinés ne sont pas sans évoquer les gravures fantastiques des Japonaiseries du peintre Hokusaï. Paysages désolés dans une atmosphère de cauchemar et de mort, nature hostile, fantasque et maladive, transparaissent dans La Comédie de la mort, Le Bon Samaritain, Le Gave ou L'Eclaircie dans la forêt. Ces gravures bizarres, mêlant en un savant dosage réalisme et imagination, n'en dénotent pas moins une maîtrise parfaite du jeu des ombres et des lumières, du blanc et du noir dont l'artiste se jouait en virtuose. " 

(http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/au-mu...)

On ajoutera que l'indigence de l'artiste est compliquée par le bâtiment avec Rose Cécile Maleterre (qui deviendra son épouse) d'une famille nombreuse. Le premier enfant, Julie Rodolphine, naît en 1859. En 1861, Bresdin rentre à Paris pour assister au Salon. Quelques artistes lui apportent un véritable soutien. Baudelaire intercède pour lui auprès de Gauthier et Alcide Dusolier le présente à Catulle Mendès qui publie quelques eaux-fortes dans sa Revue fantaisiste.

S'étant installé à Bordeaux, Bresdin rencontre Odilon Redon qui sera son disciple, son élève. Bresdin expose mais sans connaître la reconnaissance. En 1868, il illustre Fables et contes d'Hippolyte de Thierry-Faletans.

En 1869, malade, il est hospitalisé. Des amis viennent à son secours, organisent une soirée en sa faveur sous la présidence de Courbet. "Ayant survécu au siège de Paris, puis à la Commune à laquelle il prend part, il parvient à produire quelques pièces majeures telles que La Maison enchantée, La Sainte Famille aux cerfs et Le Repos en Egypte". (Maxime Préaud, op. cité)

En 1873, il entreprend avec sa famille la réalisation d'un vieux rêve de pionnier et s'établit au Canada où les choses ne tournent pas en sa faveur. Il ne produit guère et c'est grâce à l'intervention de Victor Hugo qu'il regagne la France en 1877. "Il meut à Sèvres, de misère et de froid, dans la solitude, le 10 janvier 1885". (Maxime Préaud).

NB La cinéaste et romacière Nelly Kaplan a consacré un excellent court-métrage à Rodolphe Bresdin. Il est présenté dans cette rubrique :

http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/archive/2013/07/3...

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Hameau des Pêcheurs

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La Baleine et le Fretin

bresdin la comédie de la mort.jpg

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Le Bon Samaritain

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L'Ermite sous les arbres

Bresdin Ville Fantastique - dessin à l'encre de chine.jpg

Ville fantastique (dessin à l'encre de Chine)

Bresdin, La Baigneuse et le Temps.jpg

http://www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/Bresdin/151294

http://libresavoir.org/index.php?title=Rodolphe_Bresdin

http://expositions.bnf.fr/bresdin/

http://www.erudit.org/apropos/utilisation.html

http://www.tumblr.com/tagged/rodolphe%20bresdin

http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/au-mu...

http://www.vox-poetica.com/sflgc/biblio/bibliafin/kubler....

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