16/09/2016

Séverine Lenhard

Séverine Lenhard

Les beautés de la magie domestique

a len a.jpgJe reviens, pour le moment, sur mes photographes favoris. Parmi eux, il y a Séverine Lenhard. Séverine Lenhard la Poitevine et sa geste si personnelle, si originale, si pleine d'oxygène, de talent, de grâce et de vie. J'ai pris le temps, déjà, de justifier mon admiration dans une suite d'articles et de collaborations. Mais il faut que j'y revienne encore. Inlassablement, fidèlement. J'aime aller respirer dans ses albums, dans les prés lumineux de son esthétique, dans l'univers de Gaspard et de Suzanne, ses beaux modèles et enfants qui sont tour à tour astronautes, hypnotiseurs de bovidés, fleurs, vitraux, acteurs chez Murnau, prodiges, acrobates, faons, cabris, dompteurs de pétales, fées et oiseaux en passe d'envol, songeurs. J'ai le goût de ces atmosphères feutrées et chaleureuses, vibrantes, de cette complicité, de ces contes visuels, de cette poésie qui se régénère sans cesse, se relance, rebondit. Rien n'est tendre et beau comme ce voile de pudeur amoureuse levé sur l'intime, rien n'est délicat et charmant comme cette virtuosité à recueillir le pollen volatil de la vie. Séverine l'orpailleuse, la cueilleuse de paillettes d'or, a atteint dans l'art de capturer le délicat, le bel et le tendre l'habileté d'un oiseau qui tresse son nid et le brio d'un artiste qui ourdit son oeuvre.

(Ci-contre, Séverine Lenhard dans le temps de son printemps)  

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30/01/2016

Célébration de Séverine Lenhard

Pour Séverine et Jacques, mes Arfeuillère favoris

P a r t i s a n

Célébration de la photographe Séverine Lenhard (avec quelques-unes de ses oeuvres)

http://silencenoir2.blogspot.fr/search?updated-max=2014-0...

Une illustration musicale :

https://www.youtube.com/watch?v=QBfFEpUyRO4

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Il pleut ce matin sur ma toute petite maison. J'ai tiré les rideaux. Je regarde les photographies de Séverine, un grand nombre d'entre elles, sur son espace personnel, ne peuvent être enregistrées ni reproduites. J'ai pourtant cœur et désir à les recueillir chez moi, dans l'ordre de mon vent personnel. La beauté afflue dans ce verger d'images, dans ces jardins suspendus, dans ces grands ciels tirés et poussés par des battements de cils enchantés. Il y a toujours un miracle à toucher la grâce du doigt, à l'effleurer, à récolter un peu de sa poudre. Je prends garde à ne pas déchirer ces tulles, ces vapeurs, ces tristesses de libellules, ces petites toiles de la vérité quotidienne, je marche sur des œufs de chardonneret. Comment font ces passants sales pour piétiner, pour écraser sous leurs semelles les friselis de la rosée qui se lave aux fleurs, la tintée des clochettes, la levée des cosmos ?

Je ne suis pas convaincu qu'il faille leur pardonner car je crois qu'ils savent ce qu'ils font.

Je regarde les entrechats des enfants graves, les violons de leurs épaules, les fusées de leur joie, le plomb d'or de leur bouderie, les toiles bercées de leurs rêves nus et blancs, je regarde la scène des champs, les coulisses fleuries. A la conque des images, j'entends des fables, des cascades et des contes, des coulées de lait, des étirements de paresse et les froufrous sauvages des grimpées aux branches, de petits ahans d'effort. Je vois le versant rose et bleu de la patience, les rubans de l'amour maternel, la lente alchimie de l'être et ses chapelets d'éclosions. Je sens, comme au fort de l'hiver, des vapeurs blanches porter les mots, et les emmitoufler de frissons. Je sens ma propre vie, les chemins de ma tribu, l'invention chez nous de la lumière. Comment font-ils pour poser leurs godillots sur ces mues de soie, sur ces tapis volants, comment font-ils pour laver leurs torchons sales à cette eau potable et bleue ?

Je ne suis pas convaincu qu'il faille leur pardonner car je crois qu'ils savent ce qu'ils font.

Je hume dans ces images des odeurs de livres, de savon, d'archet, de gant de toilette, de dentifrice, de rôties, de perlimpinpin et de confitures. Oh, les belles images et tendres et nobles et dignes ! On dirait le jour regardé dans le blanc de sa chandelle, dans son filigrane de sang tiède, dans chacune de ses notes subtiles. On dirait le jour lent ourlé au torse des arbres. Et dans les arbres, la présence annoncée d'un piano ou d'un violoncelle. On dirait la célébration du fil tendu et fragile du jour. On dirait quelque chose qui s'accorde au chant de l'être, à l'aventure d'exister. On dirait le libre passage d'une caravane devant une clôture de chiens domestiques. Être un chien domestique, une bête qui grogne et menace, c'est un engagement. Et si la vocation de chercheur de péchés ne naissait que dans les œufs sales ?

Je ne suis pas convaincu qu'il faille leur pardonner car je crois qu'ils savent ce qu'ils font.

Mais chez moi, les merveilleuses images imposent le silence aux chiens, aux godillots crottés, aux passants sales, aux œufs corrompus. Elles viennent et trouvent à flotter tout leur soûl. Elles s'étendent au ciel comme des nymphes au bouillon frais des ruisseaux. Chez moi, les magnifiques images trouvent à verser leur ivresse, à semer leur grain, à jouer avec leurs halos au discobole en fête. Chez moi, ces images-là infusent, percolent, enchantent. Elles s'asseyent comme des hôtes, des pèlerins lumineux, des passants bienfaisants, des offreuses de dentelle, des lucioles ingénues dans la nuit. Chez moi, le velours du regard féminin qui les inspire n'appartient qu'à l'art, à la liberté, au talent. Je ne veux pas, à la fenêtre, ni de ces mufles de gros chiens, ni de ces yeux exorbités et mélangés de fange. 

Je ne suis pas convaincu qu'il faille leur pardonner  car je crois qu'ils savent ce qu'ils font. 

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28/01/2016

Avec Séverine Lenhard

AVEC SEVERINE LENHARD

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On a, par mesure de sanction, fermé d'autorité la page d'artiste de Séverine Lenhard sur facebook. Facebook a réinstauré le pouvoir de censure entre les mains de la concierge, du beauf, du délateur, de l'ignare et de l'iconoclaste. Du sale type et de la grognasse. Un pouvoir effarant, un hochet exorbitant entre les paluches d'une bien-pensance stagnante, faisandée et doublée de l'insidieuse impunité de l'anonymat (car ces abrutis sont à gifler, ces mouchards sont à moucher, à souffleter) un pouvoir qui chasserait des musées l'essentiel de nos œuvres favorites, l'essentiel de nos beautés. Le beauf de concours se venge de la culture, le moche déboulonne le beau, le crâne de piaf couvre de fiente ce qui n'est pas à son image, à sa mesurette, à sa portée. Et facebook (qui supporte sans remords, sans une once de conscience l'incitation à la haine, le discours raciste, le révisionnisme, le médiocre, etc.) se dédouane : c'est pas nous, c'est notre domesticité, nos caniches de garde, ce sont des gens offusqués.

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N'avons-nous pas tort, - parce qu'il est gratuit et jouit d'un large spectre -, de continuer à utiliser cet outil qui impose des lois iniques, déconsidère et exclut des artistes talentueux ? Ne sommes-nous pas des andouilles passives, des entubés heureux et consentants, des émasculés, des médiocres, des lâches qui peuvent tolérer pour les autres un sort qu'ils jugeraient insupportable pour eux-mêmes. Il faut admettre que facebook, vitrine ouverte sur le monde, est aussi un média insidieux, un lieu équivoque, un gigantesque dépotoir, une machine quelquefois lubrifiée à l'huile du vice, une grosse turbine dont la zappette est abandonnée à des menottes à l'hygiène parfois négligée.

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Mais, enfin, fermer la porte à Séverine Lenhard ! La juger menaçante, obscène ! Juger, condamner celle qui s'adonne à la poésie visuelle, juger la mère artiste, l'aventurière du proche et de l'intime, rejeter la fée, l'inventeuse, l'observatrice originale du réel, disqualifier cet iris expert, tout ce tendre, tout ce cristal de l'être, flétrir cette expérience d'amour, de grâce, cette libre aventure au sein de l'enfance, cet imagier parfumé, nuancé, ouvert à tous les états de l'enfance.

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L'oeuvre de Séverine Lenhard ne table jamais sur le choc, sur l’ambiguïté, sur l'insidieux, le malsain. Elle est tout entière ouverte à la vitalité, à la compréhension, à la souplesse, à la fleur, aux escargots, à la vivacité, à la patience, à l'élan spontané de l'enfance vers la vie. C'est un grand vitrail sur le monde de l'enfance. C'est un regard curieux, bienveillant, pointu, chaleureux. Séverine Lenhard est du côté de la dentelle, du pré, de l'étang, de la lumière des visages, du côté de Prévert, de Desnos.

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C'est pourquoi le sort fait à cette artiste doit nous offusquer, nous indigner. C'est pourquoi il faut que notre indignation se lise partout et porte des fruits. Il faut qu'elle déferle, qu'elle retentisse, qu'elle dure, qu'elle perdure, qu'elle convainque, qu'elle change le cours des choses. Et si notre puissante indignation est stérile, si elle ne bouscule rien, si elle ne produit pas d'effet c'est que facebook est une eau stagnante de laquelle il faut se dégager. Mais agissons d'abord. Inversons dans la passion, dans l'enthousiasme suscité par l'oeuvre, dans l'amitié, dans le respect de l'art, le cours absurde, indéfendable des choses. Rendons à une oeuvre admirable les éloges, le culte et le respect qu'elle mérite. Au travail. 

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15/07/2014

Séverine Lenhard - Denys-Louis Colaux

F r i s s o n s   e t   s i l e n c e s (4/4)

Photographies : Séverine Lenhard  -  Poèmes : Denys-Louis Colaux

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A U    P R É    D E    T A    V I E
 
Pour le salut du jour
pour l'espérance reconduite
pour la fraîcheur de l'aube
et pour l'essor des arbres
dans les rubans de brume
rends l'enfance à la lenteur de sa mare
dépose sur le seuil
de sa vie qui commence
des poèmes de nougat bleu
laisse-la macérer
dans le bourdonnement
de sa gelée royale
laisse-là inhaler
aux tuyaux de trois pissenlits
tout l'infini du pré
qui préface sa vie

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E X C I P I T 
 
Mon enfant nous avons
avec notre bâton
frappé la pierre
et l'eau n'a pas jailli
mais nous frappons encore
 
Mon enfant nous avons
avec nos vers
avec nos métaphores
appâté moins de sirènes que de fish sticks
mais nous tentons encore
 
Mon enfant nous avons
longtemps désiré l'amour des oiseaux
mais les oiseaux
n'aiment pas être aimés
de nous
mais nous aimons quand même
 
Mon enfant nous avons choisi
de prêter l'oreille à la lune
mais les hommes qui l'ont foulée
la certifient muette
mais nous ne cessons pas de boire son silence
 
Mon enfant nous allons quitter
la scène sans rougir
et sans souhaiter moins encore
la farce des lauriers
mais nous avons dans la forêt sauvegardé trois arbrisseaux
 
Mon enfant nous allons
malgré nos poches vides
et tous nos livres lus
te léguer le trésor
d'un grand point d'interrogation
mais nous avons caché quelques épis encore

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Avec les photographies, le talent et la grâce de Séverine Lenhard, Denys-Louis Colaux, juillet 2014, Thynes, Belgique équatoriale. A Jacques, à Suzanne et Gaspard. 

07/07/2014

S.Lenhard - DL Colaux

F r i s s o n s   e t   s i l e n c e s (3/4)

Photographies : Séverine Lenhard  -  Poèmes : Denys-Louis Colaux

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I N F A N T E    À    L A    F L E U R
 
Quelle place aurez-vous
demain
parmi les traces du passé
dans l'érosion lente des salons
dans l'usure des cœurs
dans les mains dénouées
dans ce goût du précieux
qui survit aux séismes 
 
Quelle place aurez-vous
chez les dieux fugitifs
parmi les âmes du verger
et dans le cœur de la maison
 
En quel lieu
du jardin de la vie
le grand soleil inversé de vos yeux
aura-t-il laissé une pincée d'or
et la flûtée de notes
qui fait les chants inoubliables
 
A la fenêtre du bateau
qui doit entrer dans le hasard
et les faubourgs de l'horizon
votre mère avait fait
de votre beau visage
un lieu où tout l'amour du monde
peut tenir dans la goutte
d'une seconde
 
Oh perle noire et liquide dans l'eau
oh fragments de lumière
oh velours de lueurs
Petit livre vivant
Fée au frisson
Bel agnelet assis
par la grâce d'un vrai geste d'amour
dans la durée des astres

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C A P I T A I N E
 
Oh capitaine
la mer dans la baignoire
était tiède ce soir
ainsi qu'un lait de nourrisson
et tout autour de vous 
les requins avec les canards
flottaient comme des nénuphars
des algues des sargasses
des oiseaux dans l'ouate
molle du ciel
 
Oh capitaine
un frisson de sommeil
vous gagnait cependant
qu'entre vos mains
de pianiste rassasié
le gouvernail roulait tout seul
roue de vélo
avalée par la pente
de la fatigue
 
Oh capitaine
vos beaux yeux féminins
songeaient à ce lointain Pérou
aux Îles de la Sonde
aux exocets mouillés d'écume
cachés derrière l'oreiller
qui faisait dôme
en haut de votre lit couché

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D E U X    F O I S    R I E N 
 
Je partage avec toi
mon eau sale et ma boue
et mon enfance délivrée
des démons de la propreté
 
Ce qui advient de sale
très souvent prend racine
dans le désir de pureté

S.Lenhard - DL Colaux

F r i s s o n s   e t   s i l e n c e s (3/4)

Photographies : Séverine Lenhard  -  Poèmes : Denys-Louis Colaux

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I N F A N T E    À    L A    F L E U R
 
Quelle place aurez-vous
demain
parmi les traces du passé
dans l'érosion lente des salons
dans l'usure des cœurs
dans les mains dénouées
dans ce goût du précieux
qui survit aux séismes 
 
Quelle place aurez-vous
chez les dieux fugitifs
parmi les âmes du verger
et dans le cœur de la maison
 
En quel lieu
du jardin de la vie
le grand soleil inversé de vos yeux
aura-t-il laissé une pincée d'or
et la flûtée de notes
qui fait les chants inoubliables
 
A la fenêtre du bateau
qui doit entrer dans le hasard
et les faubourgs de l'horizon
votre mère avait fait
de votre beau visage
un lieu où tout l'amour du monde
peut tenir dans la goutte
d'une seconde
 
Oh perle noire et liquide dans l'eau
oh fragments de lumière
oh velours de lueurs
Petit livre vivant
Fée au frisson
Bel agnelet assis
par la grâce d'un vrai geste d'amour
dans la durée des astres

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C A P I T A I N E
 
Oh capitaine
la mer dans la baignoire
était tiède ce soir
ainsi qu'un lait de nourrisson
et tout autour de vous 
les requins avec les canards
flottaient comme des nénuphars
des algues des sargasses
des oiseaux dans l'ouate
molle du ciel
 
Oh capitaine
un frisson de sommeil
vous gagnait cependant
qu'entre vos mains
de pianiste rassasié
le gouvernail roulait tout seul
roue de vélo
avalée par la pente
de la fatigue
 
Oh capitaine
vos beaux yeux féminins
songeaient à ce lointain Pérou
aux Îles de la Sonde
aux exocets mouillés d'écume
cachés derrière l'oreiller
qui faisait dôme
en haut de votre lit couché

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D E U X    F O I S    R I E N 
 
Je partage avec toi
mon eau sale et ma boue
et mon enfance délivrée
des démons de la propreté
 
Ce qui advient de sale
très souvent prend racine
dans le désir de pureté

29/06/2014

S Lenhard (photographe) - DL Colaux (poèmes)

F r i s s o n s   e t   s i l e n c e s (2/4)

Photographies : Séverine Lenhard  -  Poèmes : Denys-Louis Colaux

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D I E U
 
Alors
vivre était léger comme la poussière
à l'aile du hibou
Dieu sagement veillait
au renouvellement de l'aube
à la constance du malheur
au désarroi des siens
et au passage du soleil
dans l’œil mort du vitrail
Mais des harpes quand même
de longs troupeaux de harpes
du savon des caresses
des tartines de confiture
mêlaient à l'étrange coulée des jours
le pollen bleu des fées
et les empreintes des nutons

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L E   M Ê M E
 
A présent que j'ai l'âge
de la mort de mon père
je laisse dans les îles
autour des eaux où je navigue
des spectres des fantômes
des arbres inédits
de grands orchestres blancs
La mer est irréelle
où je m'avance seul
elle sent le parfum
de ces fleurs incertaines
vénéneuses un peu
insolites sacrées
qui éclosent parfois
sur les bords de mon rêve
A présent je serais
un enfant façonné
au cheval de la vie
je serais un enfant flâneur
qui se répète sur sa tige
comme une ivraie au vent
A présent je serais
le même enfant
apaisé

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E M B E L L I E
 
La beauté passe
non comme un aliment
ni comme une nécessité
elle vient va et passe
au temps furieux
des avions
des satellites 
comme une aile de soie
sans but
portée seulement
par l'accident de la grâce
Elle vient va et passe
sans bruit
furtive
avec
quand même
dans le doux souffle qui la suit
la promesse de la musique
La beauté passe
comme un clair instant victorieux
comme un brin de triomphe
en toute absence d'ennemi
La beauté passe
comme une vapeur d'art

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A L L É G É
 
et pour longtemps peut-être
(il ne faut jamais dire
ni jamais ni toujours)
je laisse les romans
je laisse les nouvelles
sur le seuil de l'automne
et
je m'assois dans le pré
d'une page exiguë
où je pose par brins
mon désir allégé
de respirer parmi les mots

21/06/2014

Séverine Lenhard (photographe) - Denys-Louis Colaux (auteur)

F r i s s o n s   e t   s i l e n c e s (1/4)

Photographies : Séverine Lenhard  -  Poèmes : Denys-Louis Colaux

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Ecran et chuchotis 
 
J'entends faire silence
sous le feuillage de son être
les violes de gambe
avec les longues sauterelles
et le soufflet des arbres
 
J'entends le lent son blanc qui frôle
la membrane de l'âme
quand tout le monde se dissout
dans le drap rose des paupières
 
Je sens un oiseau rouge
le vieil écho d'un ange
le frisson d'un fantôme
faire branche commune
sous la feuille où je songe

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Déjeuner chez jadis
 
Avez-vous eu jadis
pour orner d'ailes vos enclumes
ce coeur de soutien ce saule de joie
cette chanson de laine
à l'hiver blanc de votre cou 
 
Avez-vous vu passer jadis
comme un ange de crèche
ce souffle d'amour bleu
sur le jardin frisquet
de la vie qui montait vers vous
 
Avez-vous vu jadis
hier ou tout à l'heure
sur le coffre de votre vie
l'archet léger d'une main rose
semer
les friselis bleus des fauvettes

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Notre Demoiselle-des-Fraises
 
L'été pour l'instant est petit
comme une grappe d'été comme un songe
tout l'été pour l’instant
dort avec toi
dans la chaussette
de sa chenille
 
Tout l'été pour l'instant
comme un serment au ciel
un défi aux cerises
sommeille
dans le rouge de son ourlet
 
Tout l'été
quand tu dors
dans l'avenir des fraises
dans la faveur des fleurs
prend son élan de faon
et son format de livre
assoupi au jardin
de ses lettrines
 
Tout l'été sait
plus tard peut-être
un jour
la beauté émouvante
du début de la phrase
la racine carrée
de l'été sous sa cloche

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Le Baron de Rêvenpoitou
 
Après longtemps d'oeuvre et d'action
parvenu au sommet
des collines de son effort
l'artiste s'aventure
à la défriche de ses rêves
 
Et l'amoureux des escargots
l'ami juré des scarabées
le potier de la boue sauvage
se prend
tout doux tout bas
dans la glu chaude de la sieste
dans les longs cheveux des racines
 
Avec Mozart au ciel
Satie
avec la guitare des arbres
l'étincelle des fleurs
avec des bateaux tout drapés de bleu
et de grands boomerangs d'oiseaux
il traverse les continents
de son verger qui danse

17/01/2014

Séverine Lenhard et moi

L'OEUVRE DE SÉVERINE LENHARD 

a lenhatd 10.jpgJe reviens à Séverine Lenhard, cette merveilleuse photographe française (poitevine) qui parvient, au sein même de son cercle familial, à édifier une véritable oeuvre photographique. L'artiste, (c'est le photographe le plus présent dans tous mes espaces) est modeste, elle est humble, mais ce n'est pas, espérons-le, faire honte à son humilité que d'affirmer et de réaffirmer son enthousiasmant talent. C'est une enchanteresse, une esthète exigeante, une artiste d'une originalité réjouissante et tout ce petit monde phénoménal qui la constitue vit à l'abri d'une femme simple qui aime les pâquerettes (ces fleurs si simples, sans doute, mais qui n'en savent rien). Séverine Lenhard photographie essentiellement Suzanne et Gaspard, ses deux très beaux enfants (et, pour moitié ceux de Jacques Arfeuillère, son époux). Le charme et la grâce de ses enfants, - par la façon dont elle les approche, les regarde et les fixe -, se muent instants inépuisables, présences, témoignages durables d'une époque de l'enfance et d'un amour maternel. Dans vingt ans, dans un siècle, cette présence de l'enfance telle qu'elle l'a saisie retiendra encore les regards, créera encore cette merveilleuse étincelle de l'émotion. Parce que Séverine Lenhard - dans la couleur, dans la composition, dans le noir & blanc - saisit une essence, parce que dans son art, le sentiment ardent d'amour, le génie de l’œil, un sens imparable de la spontanéité, le savoir technique, la connaissance dansent ensemble, dans un effet de contagion de la grâce. Contagion, hérédité, cercle : quelque chose tourne entre elle et ses enfants, le charme, une beauté et une noblesse du sentiment, une complicité superbe, une chaleur délicate, quelque chose parfume et vernit l'ouvrage, quelque chose qui nous enivre, nous met en contact avec la belle et rare étrangeté d'un instant de bonheur. Ce ne sont pas ou pas seulement des photographies familiales : ce sont de petites icônes subtiles, de petites œuvres chromatiques, des tableaux photographiques d'une descendante de l'artiste peintre Berthe Morisot ou d'un pionner du pictorialisme comme Heinrich Kühn, ce sont des perles de nacre et de rosée, des pâquerettes artificielles (je veux dire en cela des pâquerettes conçues avec le secours de l'art), ce sont des poèmes visuels, ce sont des frissons, des contes, les merveilleux fruits d'un type de reportage artistique presque inédit : le documamantaire d'art.  Et tout cela se place du côté de la dignité de l'image, du côté de ce qui inspire le chant, la berceuse, le frémissement d'aise. Je ne parle pas d'un monde idyllique, d'un monde qui leurre et embellit. Le monde photographique de Séverine Lenhard, ancré dans le réel et le quotidien, cueille et recueille le bel et le fragile, il l'invente comme on invente un trésor; il invente une vraie beauté, présente, effective, remuante, pétulante. Il l'invente, il détecte le trésor dans un monde qui piétine les fleurs, les théâtres et les êtres. Il l'invente comme un artisan horloger invente un pouls au temps, le cliquetis merveilleux d'un pouls original, il l'invente comme un joaillier du temps invente non la mesure d'un égrènement mais le chant délicat d'un souffle, le friselis de l'âme du temps. Il y a, avec Séverine Lenhard, une densité, une préciosité, une sonorité gracieuse, une musique du temps. Mettons cela au centre de nos regards : de ce trésor patiemment, amoureusement, artistement composé, notre humanité a plus que jamais besoin. Les temps à venir confirmeront ce besoin. L'oeuvre de Séverine est promise à l'avenir. Elle saisit, comme une pincée de vent, de l'impondérable, du spirituel, de l'émotion : cette liberté de l'enfance, ses lubies formidables, ses fièvres, ses élans traversés par le filigrane de l'amour maternel et paternel.

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Rappel : pour découvrir l'artiste, consultez ces liens

https://www.facebook.com/silence.noir
https://www.facebook.com/lenhardseverine?fref=ts
http://silencenoir2.blogspot.fr/

04/10/2013

Avec Séverine Lenhard (Silence noir) (7/7)

L’enfant et le verbe (7/7)

Photographies : Séverine Lenhard
https://www.facebook.com/silence.noir
http://silencenoir2.blogspot.fr/
Poèmes : Denys-Louis Colaux

DEMAIN L'ENFANCE
 
Escortés de fantômes
des lourds bombardiers d'heures
montent sur l'horizon
et des oiseaux légers
comme des coups d'archet
calmement les devancent

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J'ai retenu
la voix lointaine de maman
tout au fond du verger
et le long bruissement des arbres
l'ourle de vents et de parfums

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Assis à la fenêtre
de la salle de jeux
le sourire
de papa
écoute encore
gronder le temps

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De l'autre côté de la haie
commençaient l'Arabie
les longs serpentements
des cortèges gitans
les collines où les Indiens
repoussaient le far-west
comme la mort du monde

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Avant notre naissance
déjà
toujours
le monde s'est conduit
comme un grand corps de peste
se déchirant soi-même
Le monde c'est tout ça
derrière et devant notre haie
les bords de son histoire
et son ventre parfois
empestent la charogne

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Chacun s'en va sans gants
dans le réel
personne n'en porte jamais
il n'y a pas
de mains indemnes
Enfant ton piano est avancé

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Demain l'enfance
je l'espère
tordra toujours le cou
aux prophètes
du malheur
même les gens lucides
finissent pas tomber
et les fleurs par renaître
et le malheur
par se survivre

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Demain l'enfance
la ruée à nouveau
demain
l'enfant
demeure un passager
un passant sur la rue du monde
demain
la vie et les erreurs
l'enfant ce bohémien
et cet oiseau assis
demain l'eau et quelle eau ?
demain la ville et quelle ville ?
la terre et quelle terre ?

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                                                                                      Séverine Lenhard, photographe 
Maintenant je suis vieux
d'un demi-siècle
je ne sais toujours rien
je crois encore
que parvenu au bout du monde
on bascule
dans le vide
et que le temps du voyage
est le seul temps béni
et frappé par l'orage

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                                                                                   Photographie Jacques Arfeuillère
Demain l'enfance
avec les éléphants
époussettera dans Limoges
les services de porcelaine

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Demain l'enfance
encore
hors de portée
de nos yeux las
au bout du monde
et de la rue
mourra de faim
et de stupeur

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Demain l'enfance
encore
trouvera sous les perles
un trésor de coquilles
et d'orchestres marins

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Demain l'enfance
ainsi
peut-être
qu'un hibou dans la nuit
se fera un chemin
vers l'arbre de l'enfance

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Demain l'enfance
regardera passer
veuf orphelin
le chevalier
tout doucement lancé
à la poursuite de l'enfance

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Entre Anthée et Poitiers, Séverine Lenhard et Denys-Louis Colaux, septembre et octobre 2013