15/04/2016

Vincent Descotils

Revenons à Vincent Descotils

Je me plongeais à nouveau dans l'iconographie de ce grand pictorialiste qu'est Vincent Descotils. Pour me rendre compte, avec une admiration que je ne cherche pas à dissimuler, qu'il invente le monde, qu'il est plutôt posé sur le versant de la poésie que sur celui du réel. C'est un alchimiste. J'ai parlé de ces recettes, des sortilèges qu'il applique à l'image. Artisanat doublé d'alchimie, Descotils, à l'écart de la vue, s'investit tout entier dans la vision. Contes, poèmes visuels, légendes, fées-femmes, nymphes, corbeaux rimbaldiens, belles endormies derrière le réel, paysages envoûtants, nuances, mystères, lacs, atmosphères étranges, magies, arbres vivants, brumes, c'est un monde distinct du nôtre, plus profond et à la fois plus flottant, plus beau, plus intense, plus mêlé de nuit et de neige, d’anthracite et de lait, de phantasmes et d'angoisses. C'est un univers tamisé, plus ouvragé que le nôtre, plus livré à l'encre, plus littéraire. On dirait qu'une érosion magique et volontaire l'a lavé et gravé, lui a adjoint des coulées heureuses, des auréoles, des nuances et des points ardents. On dirait que sous l'effet de pluies savantes, des joyaux se sont dégagés, ont été subtilement mis en exergue. Visages, yeux de femmes, de filles somptueux sertis dans des vagues presque abstraites. Pour les nymphes à la baignade, il y a comme une intimité entre le monde et l'être, une sorte de parenté, d'osmose. Les nymphes sont là dans leur élément, dans un mimétisme que créent les effets d'estompement ou d'accentuation, l'usage magistral du noir et blanc, le traitement inventif de l'image. Pictorialisme triomphant. Jamais le blanc et le noir (et tous leurs degrés intermédiaires) ne sont aussi finement assortis, fiancés que chez Descotils. Il y a une rencontre qui est de l'ordre amoureux.  S'il n'est pas de notre univers, Descotils n'est pas non plus de notre temps. La nature de son image n'est d'aucun temps et par conséquent de tous. Il touche à l'éternel en se situant à l'écart du temps. Ses thèmes échappent au temps. Ils le traversent, appartiennent au monde immatériel de l'homme, aux constances de son univers mental et spirituel : questions métaphysiques, hantise, surgissement du fantastique et du merveilleux, présence-absence, désir, mythologie...  Les nudités, - toujours d'une beauté ahurissante, d'une élégance parfaite -, ont à voir avec l’invraisemblable point de jonction entre le marbre, la cire d'abeille et le lait. L'immatériel, la vapeur et le charnu, l'onctueux concertent remarquablement. La forêt, les arbres, les massifs vivent, portés par une énergie comme incrustée par frottement dans le motif. Les paysages de Descotils, s'ils sont soigneusement, artistement inventés, je les connais, je les croise, je les traverse les yeux fermés, j'aspire à les connaître, ils vivent dans mes terres intérieures. L'oeuvre baigne dans une obscurité ardente où la lumière ne se hisse et se répand qu'avec une infinie délicatesse, une retenue ingénieuse. L'image ne cherche pas l'affrontement, c'est par une sorte d'infusion lente qu'elle conquiert irrésistiblement. Qu'elle triomphe.

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13:11 Publié dans Vincent Descotils | Lien permanent |  Facebook |

04/07/2013

Vincent Descotils

VINCENT DESCOTILS

le dernier des grands pictorialistes

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Sur lui, j'avais écrit un long et enthousiaste article qu'un fumier a dispersé. Un furieux haker qui, plutôt que d'étrangler ses voisins ou de placer des bombes comme le font les honnêtes truands, s'en est pris à mon jardinet internautique et l'a, de son mufle de porc sauvage, entièrement retourné. Il pourrait s'agir d'une laie. je ne suis pas dupe. Passons. Ce n'est pas bien grave. Les écrits s'envolent mais les images demeurent. Je reviens à Descotils. Inlassable, je remets le couvert pour célébrer sans doute un des photographes les plus doués et les plus originaux qu'il m'ait été donner de croiser au cours de ce siècle. Il est, - avec Marie-Pierre Hugard dont j'aime beaucoup la veine, avec Lucie Coulombe dont l'enthousiasme photographique me ravit, avec quelques-uns et unes de mes Pégases de l'écurie Sensual Photography - un de mes photographes favoris. Il est une sorte de couronnement contemporain à l'amour que je porte au Pictorialisme. Descotils est une pointure, une sommité. Il culmine dans la pratique de sa discipline. Il orchestre chacun des états de sa photographie : de la capture à l'état définitif. Il a une manière noire, sombre, que je trouve admirable et unique. Une manière en velours sombre sur quoi la lumière s'épanouit subtilement comme un épiderme sous la caresse. Comme si son image jaillissait des ténébres, de la cécité absolue. Comme s'il venait d'inventer l'image, la lumière, et, pour faire une jonction entre l'une et l'autre, la magie. Il y a un sorcier chez Descotils. Un type à recettes, un alchimiste. Un gars qui brasse des matières, des liquides singuliers. Un peintre. Un archéologue qui cherche dans l'image contemporaine le fossile : le daguerréotype. Tout ça pour aboutir au fossile le plus vivant, le plus sophistiqué, le plus subtil qui soit. La perle pictorialiste. A mon exaltation immodérée pour le somptueux travail de Descotils, un type (un moite crâne de clampin, une glauque cervelle de gastéropode, un déplorable brebis, un étron sublime - il se reconnaîtra sans aucun doute) m'objectait que c'est " tout de même un drôle de retour en arrière ! " Indigence abyssale, connarderie somptueuse, record du monde de pauvreté intellectuelle ! Les grands maîtres ayant peint à l'huile, je suppose que, pour faire original, les peintres d'aujourd'hui s'abstiendront ! Baudelaire, Flaubert, Proust ayant usé des mots, les plumitifs actuels feront bien, s'ils ne veulent pas encourir les foudres d'un con hargneux, de s'en priver définitivement ! Pour le reste, afin de souligner l'élégance de la formule, nous envisagerons plus tard la question des retours en avant. Pour moi, le problème n'est pas, jamais, en aucun cas, là ! Il y a oeuvre ou pas ! Ici, il y a. C'est ce que je vois. Il y a, chez Descotils, des enfilades d'oeuvres, des théories de joyaux originaux ! Avec Descotils, on est au coeur de l'art photographique. Un art qui s'origine sur les premières pentes du dix-neuvième siècle et qui, par sa glorieuse entremise, rutile aujourd'hui encore. Un art qui a une histoire, une mémoire vivante, alerte, allègre. Descotils, comme tout grand artiste, est aussi un artisan, il menuise sa photographie, il l'enduit, il la lave, il la brosse, la frotte, il la soumet à des traitements chimiques, la mène lentement à sa perfection. Il la conduit à son chatoiement si particulier. La geste est sublime, le fruit est à son image.

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http://711.portfolio.artlimited.net/?lg=fr

http://www.galerie-hors-champs.com/Horschamps/index.php?o...

http://www.galeriecorcia.com/Vincent_Descotils.html

http://theworldofphotographers.com/2012/07/19/descotils-v...

 

Au hasard de mes pérégrinations internautiques, je retrouve le premier article que j'ai publié sur Descotils. Le voici.

Vincent Descotils

l’obscurité lumineuse

Vincent Descotils est un photographe, plasticien, scénographe, dessinateur  français né en 1967. Il possède un site personnel d’une très grande qualité que le visiteur devra absolument parcourir. En voici le lien :

http://www.vincentdescotils.com/

Là, dans les galeries de Descotils, je tombe sur un univers fascinant, des lieux de haute densité lunaire, sur une opacité qui magnifie la lumière, une sensualité de l’ombre, des obscurités qui me portent à me ressouvenir du très nervalien Soleil noir de la Mélancolie, des sinuosités du spleen baudelairien, des halos léopardiens. La veine poétique traverse l’œuvre, c’en est même l’épine dorsale, la frissonnante échine. Il y a là-dedans un courant poétique, une électricité. Je parle aussi d’une patine qui suscite les hautes références. Parce que l’œuvre, extrêmement dense, étonnamment variée, laisse aussi une impression de polar, des indices de tension, d’angoisse, d’incertitude, de nuit problématique, de jazz nocturne, elle dissémine aussi des halos fantomatiques, des atmosphères fantastiques, la superbe facture d’anciennes et étranges gravures issues de grimoires raffinés.

Et bien sûr, fleur ultime, la femme règne sur l’imagier de Descotils. C’en est le graal, le somptueux calice, la ligne rythmique. Il la rend et l’invente au travers de subtiles et très esthétiques métamorphoses, au travers de singulières opérations alchimiques.

Il use d’une gamme si singulière et si inventive qu’elle semble aller de l’art rupestre avec ses aérosols soufflés dans un os creux à la photo numérique en passant par les arcanes du daguerréotype. Descotils est ce que j’appelle un pictorialiste. Un dompteur de lumière, un capteur de noir. Un créateur d’atmosphères. Un graveur, un peintre. Un artiste qui insère l’émotion en filigrane dans sa photographie. Il traite son image jusqu’à ce qu’elle corresponde à sa vision, jusqu’à ce qu’il y dépose son empreinte, jusqu’à ce que le frisson s’y porte et agisse, rayonne, hante.

Il y a dans le noir & blanc de ses photographies d’authentiques leçons de nuances, j’y vois les grâces, les élégances du satin, du velours, du lamé et, grâce à un travail ingénieux sur le grain, il atteint au puissant attrait des pointillistes parfois. Certains jeux de lumière et d'ombre, dans lesquels Descotils culmine, me font songer à Georges de La Tour. Mais il est toujours, invariablement autre chose que ce à quoi il fait penser. Parce qu’il a son cachet, sa signature, une singularité à laquelle il ne déroge pas et qui le distingue.

En même temps, comme les deux piliers d’un pont, il est à la fois dans le sacré et le profane, dans le sublime et le charnel, devenus proches d’un seul coup, palpitants enfin au même pouls, l’un et l’autre élevés et envoûtants. Descotils est du côté de l’icône et ses images érotiques – toujours à l’écart du grivois – ont une allure impressionnante, une étrangeté captivante : elles ont la puissance fragile d’une lanterne hypnotique dans la nuit. Et ce caractère d’évidence de toute oeuvre qui aboutit.

En même temps, avec l’impression de séduisante étrangeté qu’elles dégagent, les images de Descotils ont souvent un aspect onirique, voire irréel. Elles sont des créations artistiques davantage que des témoignages sur le réel, elles sont des lectures, des interprétations, des incursions poétiques, des œuvres. Elles sont à mi-chemin du photographié et du peint. L’image de Descotils n’est pas une reproduction, c’est une invention, elle se revendique œuvre. A juste titre.

Peut-être aussi ces lieux obscurs habités et savamment éclairés sont-ils aussi le produit d’une aventure intérieure, d’une visite par l’artiste de ses propres opacités, de ses souterrains, ses douves, d'une exploration de ses cryptes au sein desquelles il ferait descendre une lumière.

Descotils a quelque chose d’un sculpteur  qui opère à mains nues, à mains blanches dans la chair même de la nuit. Il y a en lui, je ne sais trop comment le formuler, un genre d’artiste qui délivrerait la nuit de sa cécité ou créerait une sorte d’âtre dans les ténèbres.

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